"La curiosité d'avoir peur existe." V. Hugo

Julien Tatham, un nouvel auteur de la blugture qu'il m'est assez facile de présenter. Ses oeuvres parlent avec le coeur, les sentiments sont au bout du pinceau,  de la caméra, dans les chorégraphies et les images... Et c'est pourquoi, franchement, ce billet sur Godard est le plus beau cadeau possible pour ces fêtes. Merci à ce bel être humain. Merci.


Il y a quelques mois déjà, j'ai eu la chance de recevoir le coffret de Godard  par la Gaumont.
C'était un réel plaisir. Ça l'était d'autant plus que je n'étais pas sûre de le recevoir et quelques semaines se sont écoulées quand j'ai reçu un avis de la poste pour me dire que j'avais un colis à aller chercher, j'y suis allé sans savoir ce qui m'attendait quand j'ai ouvert, c'était déjà Noël…

Et dans ce coffret, il y avait un de mes films préférés de cet auteur : "JLG/JLG - Autoportrait de décembre".



Suite à des discussions (toujours aussi passionnantes) avec Fred2baro, il m'a demandé d'écrire sur Godard. J'ai aussitôt accepté avec grand plaisir. D'abord car j'aime ce réalisateur et que lorsque l'on fait de l'image on ne peut pas l'ignorer, même si certains peuvent le détester. Puis parce qu'on se dit qu'écrire sur Godard c'est un réel exercice, écrire "sur" Godard, c'est assez délicat. Pourquoi délicat ? Étrange idée… Et bien parce que je pense que l'on nous bourre le crâne de prétentions. Parce que Godard fait peur en général, parce qu'on se dit aussi qu'il faut être intelligent pour apprécier Godard. Oui… c'est vraiment faux de croire cela, pourtant c'est souvent ce que l'on se pousse à penser.

Pour ma part, je ne suis pas intelligent (j'avoue je lis très peu) et entre nous, je n'ai pas vraiment peur de cet artiste. Peur de quoi d'ailleurs ? Pourquoi avoir peur, c'est tellement à la mode. Je pense que l'idée c'est que l'on a peur de mal interpréter, peur de ne pas avoir les références, peur de ne pas comprendre et passer pour un c.. mais bon, pour ma part, cette ignorance me rassure et m'excite.

J'ai eu la chance de suivre des études de cinéma avec des théoriciens et historiens talentueux qui m'ont apportés de bonnes connaissances dans l'histoire du cinéma mais surtout qui m'ont permis de voir autrement ou un peu plus à travers je dirai. Cependant, en tant que praticien, la théorie m'a, un temps, un peu figée. J'en étais toujours à vouloir justifier ce que je comptais filmer, y réfléchir, penser à citer, voir si je ne faisais pas quelque chose "d'interdit"… C'était stupide mais je pense que c'était un manque de confiance et surtout une façon involontaire de vouloir se comparer aux grands auteurs. Finalement, aujourd'hui ce que je retiens de cette période (en dehors des connaissances utiles) c'est que pendant que je me triturais les neurones et bien j'ai peu produit (oui, ce mot là aussi fait peur… cool).
A trop se demander, on ne fait plus et je pense qu'à trop réfléchir et tenter de décortiquer Godard en tant que spectateur, on n'apprécie plus. Il faut pourtant se laisser aller, c'est là le bonheur. Godard est un artiste riche, explosif, créatif. Chacun de ses films est toujours un plaisir, oui un plaisir. La narration est la sienne, son histoire peut être montage, mais c'est avant tout à chaque fois une œuvre singulière qui nous est proposée. Oui, une œuvre originale, qui a sa propre origine, qui suit un parcours singulier, le sien, celui d'un artiste qui avance, revient, dépasse, un artiste qui n'est pas figé.



J'ai appris aussi à lire Godard, non, ce n'est pas le bon mot… ce n'est pas lire, je dirai plutôt que j'ai appris à accepter ma façon de voir Godard, en appelant mon expérience sans validité extérieure, en faisant confiance à mon émotion et mon instinct. Un film de Godard, c'est comme être face à une toile. On est face à elle, avec elle puis on reçoit ou pas. On est en échos d'un sujet, d'un message, d'une émotion. Pas besoin de savoir pour voir. Godard travaille comme un peintre je trouve, il colle, copie des citations, des images, il compose, il ne reste plus qu'à en apprécier la symphonie et aller plus loin dans le message, mais on peut s'arrêter aussi à la musique. Ce qui effraie c'est de ne pas avoir de références, on est inquiet de ne pas suivre, mais pourtant, c'est agréable la déroute, cela fait naître des regards personnels par une création elle aussi personnelle, dont on ne dépend pas et dont on n'en connaît pas obligatoirement les rouages.
Projeter, recevoir oui. C'est lui (… de mémoire de mes cours de ciné) qui disait qu'au cinéma il faut lever son visage car l'image projetée est en hauteur alors que devant la télévision on abaisse ses yeux ou au mieux on est à la même hauteur. Je trouve cette idée fascinante. Alors après on peut se vexer si on consomme le petit écran, mais pourquoi s'emporter, ouvrons les sens aux avis contraires, aux bouleversements c'est ainsi que sa pensée s'aiguise, c'est par et avec les autres.
L'art est un regard sur le monde, un point de vue alors la déroute est vraiment importante pour éviter de voir grâce à des paraphrases plates de ce que l'on sait déjà.

En fait Mister Godard, je l'apprécie comme Mister Lynch. Il y a des échos dans la façon de voir leurs films, il suffit juste de se laisser faire, de lâcher prise et d'accepter de prendre la main du créateur, quitte à ce qu'il nous perde en cours de route et nous laisse seul dans son labyrinthe.



Et puis Godard, ce n'est pas que du cinéma, c'est de la peinture, de la littérature, de l'art vidéo, de la musique… Au prix où sont les places de cinéma, c'est tellement agréable de voir plusieurs arts en même temps.



J'ai par exemple le CD de la bande son de Nouvelle vague et c'est passionnant de l'écouter chez moi en faisant autre chose, on est plongé dans un autre espace sonore de fiction. Ca change le lieu physique et mental.



Après on n'est pas obligé de tout partager, d'être en accord avec tout, que ce soit avec l'artiste ou l’œuvre. Je suis d'accord avec Godard qui aide un gars qui se fait chopper en téléchargeant et sa position sur la propriété intellectuelle , je le suis moins quand il dit qu'on ne peut pas être avec une femme qui n'a pas les mêmes goûts cinématographiques, car au contraire on se nourrit de la différence.

Il faut arrêter d'avoir peur, ce n'est jamais très productif.
Et puis en tant qu'artiste, Godard inspire.


Lee Ranaldo (Sonic Youth) sur Jean-Luc Godard, 'One Plus One' et les Rolling Stones
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